L’Éducation en France

L’éducation

Le mot « éducation » est directement issu du latin educatio de même sens, lui-même dérivé de ex-ducere (ducere signifie conduire, guider, commander et ex, « hors de ») : faire produire (la terre), faire se développer (un être vivant).

L’éducation étant l’action de « guider hors de », c’est-à-dire développer, cela signifie plus couramment l’apprentissage et le développement des facultés intellectuelles, morales et physiques, les moyens et les résultats de cette activité de développement. L’éducation humaine inclut des compétences et des éléments culturels caractéristiques du lieu géographique et de la période historique.

L’éducation est considérée comme un élément important du développement des personnes, d’où le développement d’un droit à l’éducation. Un système éducatif performant est donc un avantage majeur. Inversement, être privé d’éducation sera considéré comme un lourd handicap.

L’éducation est un ensemble multi-pole reposant sur deux systèmes : l’éducation formelle et l’éducation non formelle. Le premier étant l’école et l’université et d’une manière générale les lieux d’enseignement académique. Le second, et non le moins important, étant la famille et l’entourage à travers notamment l’éducation parentale et familiale mais aussi l’éducation physique et populaire.

L’instruction en France

En France pendant longtemps, l’enseignement est laissé aux soins des institutions religieuses catholiques, depuis l’instauration des institutions jésuites au XVIIe siècle, pour les jeunes aristocrates et bourgeois et des frères des écoles chrétiennes pour les enfants plus modestes. Mais ces écoles ne concernent qu’une minorité d’enfants.

Il faudra attendre les lois Jules Ferry de 1881 et 1882 avec la création de l’école publique gratuite et laïque pour rendre l’instruction primaire obligatoire pour les garçons et filles âgés de 6 à 13 ans.

Charlemagne le précurseur ?

L’école de la IIIe République voyait en Charlemagne l’inventeur de l’école gratuite et obligatoire. La culture populaire a ensuite contribué à colporter le mythe, en fait, sans avoir « inventé l’école ».

Pour gouverner son vaste Empire, Charlemagne avait besoin de fonctionnaires qualifiés et de moines pour exercer un contrôle politique et propager la foi chrétienne dans ses provinces. C’est pourquoi il mit en place un système éducatif élémentaire gratuit et accessible, en principe, aux jeunes de toutes conditions, des villages ou des villes, afin d’apprendre à chanter, lire et compter.

Avec l’aide d’un de ses conseillers le savant et théologien Alcuin, à la suite de la création de l’école du Palais à Aix-la-Chapelle où les enseignements sont structurés autour des sept arts libéraux (quadrivium et trivium) qui avaient été définis au VIe siècle, il engagea une reforme éducative qui se traduit en 789 par l’article 72 du capitulaire Admonitio generalis qui prend certaines décisions majeures comme la restauration des écoles et rendant, en principe, obligatoire l’école dans chaque monastère et dans chaque chapitre épiscopal.

En fait, la Gaule romanisée disposait d’écoles municipales (écoles primaires dispensées par le magister, écoles secondaires par le grammairien, écoles supérieures sous la direction du rhéteur à l’instar des écoles méniennes d’Autun, l’antique Augustodunum, citées par Tacite). Ce modèle romain fut perpétué dans les écoles presbytérales, monastiques ou épiscopales qui lui adjoignirent un enseignement religieux, comme en atteste le Concile de Vaison en 529, mais il s’était surtout développé dans l’Espagne wisigothique, l’Irlande, l’Italie ou l’Angleterre, Charlemagne faisant appel aux maîtres de ces grands foyers d’études pour former un corps de fonctionnaires rigoureux et une élite aristocratique.

Le Moyen Âge et les Universités

Au XIIe siècle se produit une véritable révolution scolaire et voit un progrès dans l’instruction : l’apparition des universités avec l’organisation unifiée de l’enseignement de tous les collèges des villes importantes et l’approfondissement de la connaissance des auteurs grecs (Aristote, et aussi Thalès, Euclide, Archimède, etc.).

Les universités étaient structurées en quatre facultés, dont l’enseignement commence par celui des collèges de la faculté des arts qui continuent d’enseigner le quadrivium et le trivium, et qui jouent le rôle de préparation pour la poursuite dans l’une des trois autres facultés : (théologie, médecine, droit), selon le secteur d’activité auquel se destine l’écolier.

Tant au Moyen Âge que pendant la Renaissance, l’enseignement se fait entièrement en latin. À partir de 1530, (fondation du Collège Royal, futur Collège de France) quelques professeurs (le grammairien Ramuz, le mathématicien Forcadel) donnèrent néanmoins leur enseignement en français.

Sous l’ancien régime

L’époque moderne voit se développer les « petites écoles » destinées à donner une instruction de base aux enfants (lire, écrire, compter), notamment avec l’Ordonnance du 13 décembre 1698. Le roi Louis XIV oblige les parents de France à envoyer leurs enfants dans les écoles paroissiales, dites « petites écoles ». Cette obligation s’applique aux enfants jusqu’à l’âge de quatorze ans. Le pouvoir royal encourage ces écoles, mais sans s’impliquer, ni pour l’organisation, ni pour le financement. Les petites écoles sont donc sous la dépendance des évêques et des communautés locales. Le financement vient uniquement des familles, ce qui ne favorise pas un enseignement suivi. Ces petites écoles, surtout présentes dans les villes et dans certaines régions, sont généralement réservées aux garçons.

Cette éducation se fait en français, tant par les « Frères des écoles chrétiennes » que dans les « Petites Écoles » de Port Royal. Dans les campagnes, dans les écoles destinées à l’alphabétisation des enfants pauvres, l’apprentissage de la lecture se fait à partir de livres de prières en latin et en patois, l’enseignement se fait aussi en langue locale. L’éducation des filles, qui restera assez limitée (lecture, écriture, grammaire, histoire et littérature) se faisait aussi en français : l’institution de Saint-Cyr, pour l’éducation de jeunes filles nobles désargentées, en est un bon exemple.

Dans les grandes villes sont créés des collèges tenus par des ordres religieux. Ils s’émancipent avec plus ou moins de difficultés des universités. Les Jésuites fondent et dirigent notamment du XVIe au XVIIIe siècle de nombreux établissements prestigieux dans lesquels l’enseignement est gratuit (le plus célèbre étant l’actuel lycée Louis-le-Grand à Paris). L’enseignement s’y fait exclusivement en latin, tandis que les Oratoriens acceptent un peu de français. Tous ces collèges forment une part importante des enfants de la bourgeoisie, même s’ils ne rejoignent pas l’université. Ces dernières se maintiennent, la détention de diplômes étant indispensable pour l’exercice de certaines fonctions, notamment des offices judiciaires ou de la prêtrise. Au XVIIIe siècle, le français commence à s’installer dans les collèges : vers le milieu du siècle, on cesse d’imposer le latin dans les conversations des élèves ; peu avant la Révolution, le français commence à s’étendre à l’enseignement des mathématiques, des sciences, de la philosophie. La suppression de la Compagnie de Jésus en 1763 amorce la volonté révolutionnaire de retirer à l’enseignement sa dimension religieuse. Après la fermeture des institutions des jésuites on commence aussi à enseigner le français, sa grammaire et son orthographe, dans tous les collèges.

C’est aussi avant la Révolution que sont créés les premiers établissements de formation supérieure spécialisée, notamment pour le génie, et qui préfigurent les grandes écoles.

À la révolution

L’éducation devient un enjeu important dès les débuts de la Révolution française (1789), bien qu’il faille attendre quelque temps avant qu’elle ne soit réformée. Ainsi, en 1791, une enquête sur les établissements d’instruction publique est lancée qui aboutira au vote par la Convention Nationale le 25 décembre 1793 (5 nivôse an II) d’un texte fondateur, qui rendant l’enseignement laïque et gratuit auquel Louis Joseph Charlier fait ajouter un amendement rendant l’enseignement obligatoire en France. Avec les restrictions opposées à l’enseignement religieux, les pouvoirs publics commencent à organiser un enseignement d’État. Le magister de village et le clerc paroissial qui faisaient office de maître d’école sont remplacés par les instituteurs dont le corps est formé par la loi du 12 décembre 1792 qui a pour objectif d’ouvrir l’enseignement primaire à tous, comme en atteste la création du ministère de l’Instruction publique. La réforme aboutit à la loi Daunou du 25 octobre 1795 (3 brumaire an IV) qui organise un enseignement primaire, mais supprime l’obligation d’éducation. Elle crée aussi d’éphémères écoles centrales pour le secondaire, lesquelles ont pour principal objectif de donner une place plus grande aux sciences, rompant ainsi avec l’éducation des humanités transmise sous l’Ancien Régime.

Les enjeux de l’éducation selon les révolutionnaires sont :

  • de donner une culture à l’ensemble des citoyens qui, une fois éclairés, ne tomberont pas dans le piège d’une vie entièrement orientée vers la satisfaction des besoins énormes de main d’œuvre du système de production ou vers le culte ;
  • de légitimer et d’assurer la survie du nouveau système politique français qui émerge, la démocratie.

Les universités sont supprimées en 1793 et remplacées à partir de 1794 par des écoles professionnelles : écoles de droit et de médecine. La Révolution développe aussi le système des grandes écoles, comme l’École polytechnique, fondée en 1794. C’est à la même période que Condorcet lance le mouvement de l’éducation permanente qui doit permettre à tout citoyen de se former tout au long de sa vie. Le Conservatoire national des arts et métiers est créé à cette époque.

La formation continue est un processus d’apprentissage qui permet à un individu d’acquérir des savoirs et savoir-faire. Elle s’adresse à ceux qui ont terminé leurs études et sont pour la plupart rentrés dans la vie active ou en âge de travailler, la formation continue est presque exclusivement pratiquée dans un cadre professionnel ou avec un objectif professionnel : elle se confond donc souvent avec la formation professionnelle continue.

Du Consulat à l’Empire

À son arrivée au pouvoir, Napoléon Bonaparte constate la désorganisation de l’enseignement primaire et rétablit alors les écoles religieuses. Le 15 août 1808, son décret sur l’éducation prévoit notamment, dans son article 38, que les écoles doivent désormais suivre les « principes de l’Église catholique », et dans son article 109 que les Frères des écoles chrétiennes (les Lasalliens) sont désormais chargés de l’enseignement primaire et de la formation des instituteurs. Les Lasalliens, principaux acteurs de l’enseignement primaire catholique, reprennent progressivement leurs fonctions. Mais les ouvertures d’écoles sont si lentes (faute de maîtres formés en nombre suffisant) qu’elles laissent temporairement la place au fort développement de l’école mutuelle.

Sous le Consulat, en 1802, sont fondés les premiers lycées, à côté desquels subsistent des collèges considérés comme secondaires.

La grande réforme de Napoléon Ier est celle de la constitution de l’Université impériale, avec la loi du 10 mai 1806 et surtout le décret du 17 mars 1808. Ce dernier inscrit, sous le nom de « logique », la philosophie parmi les matières nécessaires de l’enseignement secondaire. L’année suivante, un règlement remplace ce mot par celui de philosophie, et un arrêté de 1810 étendit à tous les lycées cette disposition.

Outre les dispositions institutionnelles, ces textes organisent le monopole de l’enseignement d’État. Selon le décret, les différents ordres d’enseignement sont les facultés, les lycées, les collèges, les institutions, les pensionnats et les écoles primaires.

Les écoles de médecine et de droit reprennent le nom de facultés, pendant que sont créées des facultés des lettres et des sciences.

L’École mutuelle

L’École mutuelle aussi connu sous le nom d’enseignement mutuel est le nom générique donné à la méthode d’enseignement qui se développa en France dès 1747, puis en Grande-Bretagne vers 1795. L’apprentissage par les pairs ou pairagogie est une autre façon de le nommer, rassemblant des techniques favorisant l’enseignement collaboratif et l’apprentissage collaboratif. Ce modèle se diffusa au début du XIXe en Europe. En France à partir de 1815 et avec le retour de la paix, un climat favorable se présente en France pour réaliser les exigences naissantes de l’instruction publique populaire, que les idées de la Révolution française avaient promues mais pas réalisées pour des raisons matérielles, et ébauchées pendant le Premier Empire.

Les principes de l’enseignement mutuel sont anciens, l’explorateur et écrivain italien Pietro della Valle faisait état, dès 1618, d’enfants qui s’enseignaient mutuellement une leçon en écrivant sur le sable d’une plage en Inde.

De la restauration au second Empire

L’ordonnance du 29 février 1816, sous la Restauration, marque un tournant dans l’enseignement. Elle établit un comité cantonal chargé de la surveillance des écoles. Sans préciser les modalités d’enseignement, simultané ou mutuel, elle oblige, dans son article 14, les communes à « pourvoir à ce que les enfants qui l’habitent reçoivent l’instruction primaire, et à ce que les enfants indigents la reçoivent gratuitement », celles-ci pouvant se regrouper pour remplir cette obligation.

Au cours du XIXe siècle, les gouvernements successifs s’efforcent d’améliorer l’enseignement primaire, tout en devant accepter ou lutter contre la volonté de l’Église catholique de contrôler la formation intellectuelle et morale des jeunes Français. Avec la loi Guizot de 1833, les communes de plus de 500 habitants sont tenues d’avoir une école de garçons. Guizot encourage aussi la fondation d’écoles primaires supérieures destinées à améliorer la formation générale et professionnelle des élèves de l’école primaire issus de familles modestes et qui ne pourraient accéder aux collèges et lycées. Sa loi fixe également un montant minimal pour le salaire des instituteurs (200 francs), leurs appointements payés par les communes étant jusque-là très bas, parfois inexistants. Parallèlement se développe toute une série d’initiatives visant à « industrialiser » l’éducation. En témoigne l’engagement de personnalités comme La Rochefoucaud-Liancourt et Saint-Simon en faveur de l’enseignement mutuel.

Les femmes sont longtemps interdites de métier d’instituteur, jusqu’à un avis du Conseil royal du 8 août 1834 qui les autorise à diriger, provisoirement, les écoles de garçons ou les institutions mixtes.

La loi Falloux (1850) cherche à développer l’enseignement primaire en fixant le principe d’une école de garçons dans toutes les communes et d’une école de filles pour « celles qui en ont les moyens ». Elle officialise la dualité des systèmes d’enseignement, à côté d’un enseignement public financé par l’État peut se développer un enseignement « libre » essentiellement formé d’écoles catholiques. De plus, elle confère à l’Église catholique un droit de contrôle très important sur l’organisation, les programmes et la nomination des maîtres de l’enseignement public. L’enseignement secondaire des jeunes filles est relancé avec la création, en 1880, des lycées de jeunes filles, auxquelles toutefois seules les plus fortunées accèdent.

Cependant, malgré des projets en ce sens après la Révolution de 1848, aucun gouvernement jusqu’en 1880 n’instaure l’obligation d’éducation. C’est là que va résider l’une des grandes nouveautés de Jules Ferry.

En 1861 la société industrielle de Mulhouse envoie une pétition au sénat pour la mise en place de l’instruction obligatoire pour tous.

La Loi Duruy en 1867 organise officiellement l’enseignement primaire féminin, imposant notamment l’ouverture d’une école de filles dans les communes de plus de 500 habitants.

L’enseignement laïque et gratuit est mis en place dans la Commune de Paris, dans le 20e arrondissement.

L’ère Jules Ferry

Jean Macé, enseignant et homme politique, crée en 1866 la Ligue de l’enseignement qui se bat pour l’instauration d’une école gratuite, obligatoire et laïque.

Les années 1880 sont marquées par des changements fondamentaux dans le système éducatif français, changements essentiellement portés, du moins au début, par Jules Ferry et son principal conseiller Ferdinand Buisson. Les lois Ferry de la fin du XIXe siècle qui rendent l’école laïque, obligatoire et gratuite sont l’aboutissement d’un mouvement de laïcisation de l’école. Ainsi, Paul Bert affirme en 1880 sa volonté de remplacer l’enseignement religieux par l’éducation civique en disant : « c’est notre église laïque à nous, où l’on enseigne des vérités scientifiques et démontrables …, où l’on enseigne les vertus civiques et la religion de la Patrie ». La loi instaure un enseignement obligatoire de 6 à 13 ans, les enfants pouvant toutefois quitter l’école avant cet âge s’ils ont obtenu le certificat d’études primaires institué le 28 mars 1882. La laïcité, proclamée dès 1881 avec la suppression de l’éducation religieuse dans l’enseignement public, est renforcée par la loi Goblet (1886), qui interdit aux religieux d’enseigner dans le public.

L’école devient alors un ascenseur social pour tous les enfants d’ouvriers et d’agriculteurs qui accèdent à l’éducation. Les instituteurs sont la cheville ouvrière de ce système, qui tient grâce à cette croyance dans un progrès social grâce à l’école, dont ils se font le relais.

Le monopole des Grandes Écoles ne permet plus d’alimenter l’économie de la deuxième révolution industrielle. D’autres écoles s’ouvrent, et la promotion sociale des ouvriers est à l’ordre du jour.

Les Hussards noirs, (surnom donné aux instituteurs publics sous la IIIe République après le vote des lois scolaires dites « lois Jules Ferry » et le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905) sont les figures emblématiques de cette époque. Luttant dans leurs « maisons d’école » contre leur municipalité cléricale et le curé de leur paroisse, ces instituteurs, souvent d’origine modeste, inculquent aux écoliers les valeurs de la République par l’enseignement de l’histoire, de la morale et de l’instruction civique.

En 1902 l’association Mission laïque française voit le jour, à l’initiative de Pierre Deschamps. En 1904, Émile Combes fait interdire aux religieux d’enseigner dans les écoles religieuses.

Entre-deux-guerres

L’entre-deux-guerres est marqué par l’essor de l’enseignement technique avec l’adoption de la loi Astier (1919) qui crée des établissements spécialisés. Dans les années 1930, pour les dirigeants, la finalité de l’école est l’égalité de la société. Ils en arrivent même à concevoir que c’est à la société de créer les emplois qui accueilleront les jeunes adultes ainsi formés par le dispositif scolaire.

Le régime de Vichy

La politique de Vichy innove assez peu en matière scolaire, la période se traduisant plutôt par une forme de retour en arrière. En effet, le secondaire devenu gratuit en 1933 redevient payant, les écoles normales sont supprimées car porteuses des valeurs républicaines. Le latin perd de l’importance dans l’enseignement pour devenir facultatif. À partir de 1940, les religieux ont à nouveau le droit d’enseigner.

Parallèlement le Conseil national de la Résistance émet le souhait d’une éducation plus intégrée.

De la Libération à mai 1968

À la Libération, le gouvernement provisoire décide de rétablir la gratuité de l’enseignement secondaire et institue une commission de réflexion sur l’éducation. Le rapport qui en est issu propose de nombreuses mesures de modernisation de l’enseignement, pour faire face à la massification de l’enseignement qui se profile. Il était proposé de démocratiser l’enseignement en allongeant la scolarité à 18 ans, en généralisant les expériences des mouvements de l’éducation nouvelle et en élaborant une école unique. Ce projet sera abandonné faute de moyens et en raison de divergences politiques, mais il sera source d’inspiration pour de nombreuses réformes scolaires par la suite.

En 1959, avec la réforme Berthoin, la scolarité obligatoire passe officiellement à 16 ans, bien que son application ne soit achevée qu’en 1971. Les cours complémentaires deviennent des collèges d’enseignement général (CEG) et les collèges d’enseignement secondaire, comportant plusieurs filières, sont établis. La loi Debré de 1959 instaure aussi des contrats avec les écoles privées, dont les enseignants sont rémunérés par l’État à condition que celles-ci enseignent le même programme scolaire que dans le public (écoles dites sous contrat), tandis que le catéchisme devient une option (les écoles privées sont en effet majoritairement catholiques).

Faute d’avoir su se moderniser, pour faire face à sa massification, l’enseignement français sera au bord de la rupture dans les années 1960 jusqu’à la révolte de mai 1968. La démocratisation de l’enseignement se fera tout d’abord dans l’enseignement technique et professionnel puis dans le secondaire et à l’université. Les universités françaises, mal préparées à de tels effectifs et manquant cruellement de locaux, tentent de se rénover, notamment avec la construction de centres secondaires. Cependant, ces efforts sont insuffisants et le mécontentement de mai 1968 a pour causes entre autres ces mauvaises conditions d’études.

Depuis mai 1968

À la suite du mouvement de mai 1968, l’université est réformée, menant entre autres à plus d’autonomie et à une démocratisation de son administration (loi Faure de 1968). La mixité devient la norme à tous les niveaux d’enseignement. En 1975, la loi Haby instaure le principe du collège unique pour tous les élèves.

La pédagogie, influencée par les sciences de l’éducation, évolue et interroge la place de l’enseignant en termes de directivité ou de non-directivité. Dans les années 1970, Ivan Illitch va jusqu’à remettre en question l’utilité d’un système scolaire institué par l’État. Les pédagogies nouvelles (Montessori, Freinet…), si elles suscitent un important débat, restent cependant dans les marges du système éducatif français. La loi Jospin de 1989 semble toutefois aller dans leur sens en plaçant l’élève « au centre du système éducatif ». Dans ce cadre, le pédagogue Philippe Meirieu envisage que l’École devienne un moyen de réalisation du projet de l’élève. La place de l’élève n’est plus celle du simple récipient que l’enseignant remplit (triangle pédagogique). L’idée d’une formation de l’élève à son futur statut de citoyen est portée par l’institution scolaire (« éducation à la citoyenneté »).

Même si le niveau de formation s’est élevé (avec près de 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat), le rôle d’ascenseur social du système éducatif est fortement contesté. Les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont mis en évidence dès 1964 que la proportion d’individus provenant des classes populaires et accédant aux études supérieures reste très faible. Ils ont démontré que le système scolaire reproduit le schéma social et qu’il a pour objet de conforter et légitimer la position des élèves dans la hiérarchie sociale. Seules les familles détenant un capital culturel adapté permettent à leurs enfants de réussir leur parcours scolaire.

Système éducatif français

Le système éducatif en France est centralisé, piloté par le ministère de l’Éducation nationale. Depuis 1959 (réforme Berthoin), l’instruction y est obligatoire de 6 à 16 ans (il est prévu à la rentrée 2019 que l’âge obligatoire de début soit 3 ans, à la suite de l’annonce d’Emmanuel Macron aux Assises de la maternelle) ; l’instruction dite « en famille » est donc légale (quoique très minoritaire). Il existe plus de 65 000 établissements scolaires, relevant pour la plupart du ministère de l’Éducation nationale, même si environ 15 % (primaire) à 20 % (secondaire) des élèves sont dans des établissements privés.

Les effectifs totaux d’élèves et d’étudiants atteignent 15 millions, c’est-à-dire qu’un quart de la population suit des études. Le coût de l’éducation représente 6,6 % du PIB de la France en 2008 (7,6 % en 1995), dont 54,1 % dépendent du ministère de l’Éducation nationale en 2008 (contre 61 % en 1980).

Selon le programme PISA de comparaison des systèmes éducatifs nationaux, les résultats du système éducatif français sont moyens par rapport aux autres États membres de l’OCDE, et régressent en matière de lutte contre les inégalités sociales. En 2008, selon l’Insee, 69,2 % des Français possèdent un diplôme égal ou inférieur au bac en France et 19,9 % sont titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat. En 2014, une étude menée par le Ministère de l’éducation sur des cohortes d’élèves montre que le niveau en français et en mathématiques des élèves aurait encore chuté.

Historiquement, il est l’héritier des différents systèmes remontant à l’antiquité et ayant mutés au rythme des changements politiques, des conceptions de l’instruction et de l’éducation. En raison des enjeux politiques, économiques, sociaux, idéologiques et culturels posés par l’enseignement en France, l’histoire du système éducatif français est caractérisée par l’alternance d’évolutions lentes et progressives avec des changements plus brutaux. L’une des plus marquantes et connues de ces réformes est celle intervenue à la suite de la mise en application des lois Jules Ferry en 1881-1882, qui affirment l’obligation de l’instruction, la gratuité et la laïcité de l’enseignement public.

La laïcité en France

En droit, la laïcité est le « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » et « d’impartialité ou de neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses ». Le mot désigne par extension le caractère des « institutions, publiques ou privées, qui sont indépendantes du clergé, des Églises et des religions ».

La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’État. Toutefois, le principe de séparation entre l’État et les religions peut trouver des applications différentes selon les pays.

La laïcité en France est un principe constitutionnel qui distingue et sépare le pouvoir politique des organisations religieuses. La loi de la République, neutre, garantit la liberté de culte (tant que les manifestations religieuses respectent l’ordre public), proclame la liberté de conscience et ne place aucune croyance au-dessus des autres (religion, athéisme, agnosticisme…). Ce principe, qui contribue de fait aussi à l’égalité républicaine, est résumé par la disposition : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »

Historiquement le concept de laïcité trouve ses racines dans les écrits des philosophes grecs et romains, tels qu’Épicure ou Marc Aurèle, ceux des penseurs des Lumières comme Locke, Bayle, Diderot, Voltaire, les pères fondateurs des États-Unis tels James Madison, Thomas Jefferson, et Thomas Paine, en France à travers les lois de Jules Ferry, ainsi que dans les écrits de libres penseurs modernes, agnostiques et athées, tels que Bertrand Russell, Robert Ingersoll, Albert Einstein, et Sam Harris.

Contrairement aux idées reçues, le concept de laïcité a été développé par des penseurs d’obédiences variées. Ainsi, Averroès, philosophe et théologien musulman andalou de langue arabe du XIIe siècle, est également considéré comme l’un des pères fondateurs de la pensée laïque.

L’histoire de la laïcité en France est la naissance et le développement de ce principe jusqu’à l’époque contemporaine.

La laïcité a pris corps pour la première fois pendant la Révolution française : l’abolition de l’Ancien Régime en août 1789 s’est accompagnée de la fin des privilèges ecclésiastiques et de l’affirmation de principes universels, dont la liberté de conscience et l’égalité des droits exprimés par la Déclaration des droits de l’homme.

Au XIXe siècle, les lois de sécularisation ont progressivement affranchi l’État de ses liens historiques avec l’Église catholique et créé de nouvelles normes politiques et sociales bâties sur le principe de l’universalisme républicain. Ce processus, qui prenait place dans un mouvement plus large lié à la modernité, a confié au peuple souverain la redéfinition des fondements politiques et sociaux : les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, l’organisation de l’État, ses composantes et ses représentations, l’éducation, les rites de la vie civile, l’évolution du droit et de la morale, etc., indépendamment de tout dogme religieux. La Troisième République a notamment recréé l’organisation du système scolaire, en instaurant l’enseignement public, laïque et obligatoire (lois Jules Ferry). Ce processus s’est conclu par la loi sur la séparation des Églises et de l’État en 1905, qui a marqué l’aboutissement d’une laïcisation affirmée.

Au long du XXe siècle, l’État a légiféré et généralisé la laïcité en concevant de nouvelles règles de droit qui concernent la famille et l’individu. Avec la Constitution française de 1958, la laïcité fonde désormais le pacte républicain et garantit l’unité nationale.

Charte de la laïcité à l’école

En France le 9 septembre 2013, le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon, a dévoilé la nouvelle Charte de la laïcité à l’École. Selon le ministre, « la vocation de la charte affichée dans nos écoles, nos collèges, nos lycées, est non seulement de rappeler les règles qui nous permettent de vivre ensemble dans l’espace scolaire, mais surtout d’aider chacun à comprendre le sens de ces règles, à se les approprier et à les respecter ».

Cette charte par laquelle, dans son introduction, « La Nation confie à l’École la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République », doit être apposée dans toutes les écoles et établissements du second degré.

Charte de la laicité à l’école : http://www.education.gouv.fr/cid95865/la-laicite-a-l-ecole.html#La_charte_de_la_laicite_a_l_ecole

La mixité dans l’éducation

La mixité ou, dans son sens ancien, la coéducation est l’instruction et l’éducation en commun des garçons et des filles, dans des groupes mixtes.

En France, l’enseignement public était non-mixte sauf dans le cas de contraintes matérielles : les classes uniques dans des petits villages de la France rurale sont le plus souvent mixtes. On qualifiait ces classes ou ces écoles de « géminées » ou de gémination scolaire.

Le second degré de l’enseignement est composé jusqu’en 1959 de collèges et lycées mais surtout d’écoles primaires supérieures (devenues collèges modernes en 1941) et de cours complémentaires. Les collèges, les lycées et les écoles primaires supérieures sont séparés comme les cours complémentaires en deux : école de filles , école de garçons.

Sous la Ve République, la mixité est généralisée : La réforme Berthoin en 1959 légalise les lycées mixtes. La loi Fouchet-Capelle en 1963 l’étend aux collèges. En mars 1968, la moitié des classes des lycées et collèges sont mixtes.

Enfin, la loi Haby de 1975 et ses décrets d’application de 1976 généralisent la mixité dans tous les degrés de l’enseignement. En pratique, les cours d’éducation physique étaient séparés assez systématiquement jusqu’aux années 1990. Dans les lycées professionnels de nombreuses sections sont restées unisexes.

Le Ministère de l’Éducation nationale aujourd’hui

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse est l’administration française chargée de préparer et mettre en œuvre la politique du gouvernement dans les domaines de l’éducation. Il est dirigé par le ministre, membre du gouvernement français.

Ce ministère ne fait pas partie des ministères dits régaliens (Armées, Affaires étrangères, Justice, Finances, Intérieur), mais son importance sociale est grande, le droit à l’éducation étant consacré par la déclaration universelle des droits de l’homme. Les besoins en matière éducative font en outre de ce ministère le premier employeur de l’État. De ce fait, l’Éducation nationale représente à ce jour le plus gros poste budgétaire de la Nation.

Lui est également rattachée la direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) lui est également rattachée.

L’association Human-Hist est agréée par l’Éducation Nationale et qualifiée d’Association Éducative Complémentaire de l’Enseignement Public et agréée Jeunesse et éducation populaire.

5 janvier 2019