La voie romaine de l’Oisans

La voie romaine de l’Oisans

Table de Peutinger – Mont de Lans

La voie romaine de l’Oisans, par le col du Lautaret et la vallée de la Romanche, était le tracé le plus direct pour relier Turin (Augusta Taurinorum) et Suse (Segusio) à Grenoble (Culabone ou Cularo) et Vienne (Vigenna ou Vienna). Elle figure sur deux cartes antiques, la table de Peutinger et l’Anonyme de Ravenne.

Si son existence est incontestable, le suivi de la voie à donné lieu à diverses hypothèses, trois localités ou stations n’ayant pas de concordance avec les localités actuelles (Durotinco, Mellosedo et Catosissium). Une quatrième à été omise sur la table de Peutinger : Fines (Gavet-Avorand). L’ancienneté des travaux d’exploitation des mines de galène argentifère du Pontet (près de Bourg d’Oisans), remontant au 1er siècle de notre ère, justifiait la localisation de Catorissium à l’actuel chef-lieu de canton. Quant à la station Mellosedo, que certains auteurs plaçaient à Mizoën, il faut certainement le voir à Mont de Lans.

Table de Peutinger – la voie romaine de l’Oisans reliant Vienne à Turin

Deux sites incontestables témoignent de l’existence de cette voie : le passage en encorbellement de Rochetaillée et la « Porte de Bons », le premier situé sur la commune de Bourg d’Oisans, le second sur celle de Mont de Lans.
Il est probable que le tracé, suivant d’anciens chemins celtes ou ligures, ait été aménagé du temps de l’empereur Auguste, et sur sa demande, par son ami et allié le préfet et ex-roi gaulois Marcus Julius Cottius dont la capitale était Suse. On pourrait situer sa construction entre l’édification de l’arc de triomphe de Suse et celui du trophée de la Turbie, autrement dit entre l’an 13 et l’an 6 avant J.-C.

Rochetaillée

La voie en encorbellement de nos jours.

Le chemin de Rochetaillée (voie taillée dans la roche) sur la commune du Bourg d’Oisans atteste du passage de la voie romaine de l’Oisans. C’est un chemin en encorbellement taillé dans la falaise qui surplombe le hameau de Rochetaillée (anciennement appelé Roche Cise). Il serait unique en France du fait de sa longueur (cinq tronçons conservés sur 500 m). Les spécialistes sont aujourd’hui unanimes à reconnaître un travail d’époque romaine avec ses saignées et niches d’encastrement creusées au pic, permettant d’adapter une plate forme en charpente destinée à augmenter l’assise de la voie, surplombant à l’époque un lac.

Presque masqué par la végétation, on devine avec difficulté l’un des tronçons de voie taillé dans la roche.
La voie en encorbellement au temps des romains. A cette époque pas de forêt, mais un lac ou un marécage suffisamment profond pour interdire la progression des hommes, des bêtes et des marchandises. ©Association Freneytique
Presque masqué par la végétation, on devine avec difficulté l’un des tronçons de voie taillé dans la roche.

 

La structure de bois qui recouvre le chemin de pierre pouvait ressembler à cela. ©Association Freneytique

La porte de Bons

Vue de la porte telle qu’elle apparaît pour un randonneur qui arrive du village de Bons

La porte de Bons est une porte monumentale située sur la voie romaine de l’Oisans passant au-dessous du hameau de Bons, sur la commune de Mont de Lans. Elle enjambe le chemin descendant vers le Châtelard et Bourg d’Oisans.
De cet édifice creusé dans la roche, partiellement effondré au environ de 1770, il ne nous reste aujourd’hui plus que la moitié de son arche.
D’une longueur de 3,50 mètres pour une hauteur d’un peu plus de 4 mètres et 3,15 mètres dans la partie la plus large. Deux « marches » d’à peu près 50 cm, réduisent le passage à 2,50 mètres. Deux sillons d’une largeur de 10 cm sur 5 cm de profondeur, espacés d’environ 1,40 mètres sont creusés dans le sol.

Une demi-arche d’une ouverture de 3 mètres et d’une flèche de 1 mètre domine l’ensemble. C’est un arc monumental taillé dans le rocher, les traces d’outils sont nettement visibles sur une des parois.

Une corniche souligne élégamment la naissance de l’arc. Le sol est un rocher très lisse sur lequel se distinguent très nettement deux rainures profondes de 6 à 15 centimètres et présentant un écartement, variant de 1,41 m à 1,48 m. Ces traces se retrouvent en plusieurs endroits du chemin. Ce sont exactement les mêmes qu’à Rochetaillée, site qui est désormais unanimement reconnu d’origine romaine.

La présence de cette « Porte », ouvrage travaillé en pleine nature, loin de toute habitation pose de nombreuses questions.

Recherches de documents, études sur le terrain, et confrontations de spécialistes aboutissent aujourd’hui à cette quasi-certitude que la « Voie Romaine de l’Oisans » passait bien par là. Aménagée très probablement sous le règne de l’Empereur Auguste, elle reprenait le tracé d’anciens chemins celtiques.

Si ce passage est ainsi sculpté et orné, cela signifiait certainement quelque-chose. Plusieurs hypothèses se présentent, qui peuvent, d’ailleurs se superposer : la porte symbolise l’exacte moitié du parcours entre Grenoble et Briançon. Elle peut être le témoignage d’une grande victoire remportée sur les éléments, ou sur les peuplades rebelles qui occupaient ces territoires. Elle a pu aussi servir de poste de péage.

Au niveau du sol, sa largeur est de 2 mètres 50 ; une banquette à 50 centimètres de hauteur la borde des 2 côtés.
Des marques d’outils très visibles.
Deux sillons espacés d’environ 1,4 m.
panorama vue de la porte de Bons
La porte reconstituée, comme elle devait apparaître à un Romain sur le chemin qui l’emmenait en Italie. ©Association Freneytique

Ses Sedimensions nous laissent imaginer l’ampleur des travaux nécessaires à sa construction. Des éléments caractéristiques comme les dimensions, mais également les traces très visibles d’outils sur les parois étant très similaires à la Porte romaine du Bourg de Donnas.

Porte romaine de Donnas (Val d’Aoste, Italie)

Voici ce qu’en disait l’archéologue Forian Vallentin en 1877 :

« La Porte des Romains a un cachet de grandeur incontestable, on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’étonnement en observant le degré de perfection et le luxe apportés dans la forme extérieure de cette arcade élevée dans des lieux escarpés et solitaires, au bord d’un précipice où l’on aurait pu se contenter d’une ouverture brute. »

La Porte suscite aujourd’hui un intérêt grandissant, au point de vue historique et archéologique, et les nombreuses questions qu’elle pose encore, concernent non seulement l’Histoire locale, mais peuvent aussi s’inscrire dans l’ensemble de l’Histoire Gallo-Romaine.

Un groupe de la Legion VIII passant par la porte de Bons

Pour en savoir plus sur la voie romaine et la vallée de l’Oisans qu’elle traverse : http://freneydoisans.com/freneytique/

 

 

 

27 février 2017