Éducation physique et sportive

L’éducation physique et sportive (EPS) est le nom donné à une discipline scolaire d’enseignement utilisant les activités physiques sportives et artistiques comme support, dans une finalité éducative. On retrouve cette discipline dans le cadre scolaire notamment dans le système éducatif français où elle est une pratique d’intervention et une discipline d’enseignement.

Historiquement

L’éducation physique est une discipline scolaire d’enseignement obligatoire dans le secondaire, sous l’appellation de « gymnastique », depuis le décret du 3 février 1869 signé par Victor Duruy. Ce décret étant peu appliqué, Jules Ferry rappelle, par la loi George du 27 janvier 1880, que la gymnastique est obligatoire dans tous les établissements d’instruction publique de garçons. La même année, par la circulaire du 20 mai, l’obligation est étendue à tous les types d’enseignement, primaire et secondaire, pour les garçons et les filles.

Ministères et doctrines

L’éducation physique a souvent changé de ministère de tutelle : Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes (1880), Instruction publique et des Beaux-Arts (1905), Ministère de la Guerre (1910), Ministère de l’hygiène et de la prévoyance sociale (1920), Ministère de l’Instruction Publique (1922), Ministère de l’Instruction Publique (1927), Santé publique (1932), Santé (1936), Éducation Nationale (1937), Commissariat Général à l’Éducation Générale et Sportive (1940), Éducation Nationale (1958), Jeunesse et Sports (1963), Qualité de la vie (1974), Jeunesse et Sports (1978) et Éducation nationale depuis le décret du 28 mai 1981.

Si elle a changé souvent de ministères, elle a aussi changé plusieurs fois d’appellation et de doctrine.

  • Gymnastique sous la Troisième République (1870-1940) dont les objectifs sont multiples : Former des soldats, Former des professionnels, Acquérir une bonne santé, Former des citoyens.
  • Éducation Physique (1940-1962) dans le cadre de la révolution national du régime de Vichy, l’Éducation Physique a connu une véritable expansion, surtout structurelle. Elle est devenue une affaire de l’État dont l’emprise ne se relâchera plus. Après la libération, l’Éducation Physique est attachée au ministère de la Jeunesse et des Sports. Elle hésite encore entre une éducation physique généraliste et tente des incursions vers quelques sports.
  • Éducation Sportive (1962-1981) à partir des années 1960, sous l’impulsion de du ministre Maurice Herzog et contre l’avis de certains enseignants et de l’inspection générale, l’Éducation Physique s’est institutionnalisée en une éducation physique s’appuyant sur les activités sportives mais gardant un objectif d’éducation. L’atteinte des objectifs spécifiques est appréciée par la mesure chiffrée des performances accomplies, elles-mêmes possibles par la maîtrise accrue de techniques sportives codifiées et réglementées. Mais très vite cette vision s’avère insatisfaisante dans l’institution scolaire. La notion de « maîtrise de l’exécution » se substituera rapidement à la seule performance qui ne prend pas assez en compte les progrès scolaires de l’élève et fait trop appel aux « données » et insuffisamment à l’acquis. Très rapidement, au début des années 1970, les enseignants d’Éducation Physique et Sportive pensent que technique, sport de haut niveau et enfant ne vont pas ensemble, que les méthodes réceptives ne permettent pas à l’élève de découvrir, inventer, créer
  • Éducation physique et sportive à partir de 1981, sous la présidence de François Mitterrand, la gestion des enseignants d’EPS réintègre l’Éducation nationale, et doit donc officiellement se conformer à l’école, lieu de transmission de connaissances par excellence. La multiplication des activités physiques sportives et artistiques (APSA) impose également d’enseigner plutôt la compréhension de l’action motrice pour permettre à l’élève de l’adapter à toute situation nouvelle. L’EPS, mieux organisée par les textes officiels, repose toujours sur l’évolution réalisée entre 1970 et 1980. Les sports et la compétition sont toujours les supports des leçons et programmes.
  • Activité physique, sportive et artistique est un terme qui désigne l’ensemble des pratiques physiques enseignées dans le milieu de l’enseignement (école, collège, lycée et université) selon les programmes officiels qui régissent la discipline et publiés dans le bulletin officiel de l’éducation nationale. Les « Activités physiques, sportives et artistiques » (A.P.S.A) concernent toutes les activités motrices utilisées comme moyen pour l’EPS et ayant une représentation culturelle. On y rencontre des activités codifiées, comme les sports collectifs, les sports de combat, les sports de raquette, les activités artistiques, etc.

Activité physique

L’activité physique regroupe à la fois l’exercice physique de la vie quotidienne, l’activité physique de loisirs, et la pratique sportive. Selon l’OMS, le sport est un « sous-ensemble de l’activité physique, spécialisé et organisé ». Elle s’en différencie néanmoins sur le plan philosophique où comme le défini déjà Hébert en 1925 qui reproche au sport d’avoir pour but la réalisation d’une performance et dont l’idée repose sur lutte contre quelqu’un ou quelque chose au détriment de soi-même.

Si la pratique excessive du sport peut être mise à caution, la pratique de l’activité physique est essentiel à la santé et au bien être des individus.

Outre la régularité et fréquence de l’exercice, trois paramètres semblent importants lors de l’exercice : la quantité d’énergie dépensée en mode aérobie, le pic d’intensité de l’effort et la durée de l’effort. 30 minutes d’exercices par jour durant 5 jours apportent autant de bénéfice que 3 séances de 10 minutes espacées de 4 heures dans chaque journée, 5 jours par semaine.

Si l’activité physique est pratiquée au moins depuis l’antiquité par les soldats et les sportifs des jeux olympiques, avec la sédentarisation et les progrès de la santé l’espérance de vie a régulièrement progressé, mais l’espérance de vie en bonne santé semble donner des signes de recul, notamment attribués à une dégradation de l’environnement, de l’alimentation et à une sédentarité excessive.

Depuis les années 1990 la sédentarité physique est considérée par la médecine comportementale comme un facteur de risque cardio-vasculaire. En 2009 un médecin du sport estime que le manque d’activité physique pourrait devenir le premier problème de santé publique au XXIe siècle.

La pratique d’une activité physique est l’un des facteurs souvent cités d’une bonne santé et de l’allongement de l’espérance de vie. Elle est notamment bonne pour le système cardiovasculaire et le maintien des muscles. L’exercice physique est presque toujours présenté comme utile pour maintenir et améliorer la santé mentale, et de nombreuses études ont confirmé des améliorations de l’humeur et de l’estime de soi mais avec certaines limites, et sans avoir pu établir de lien clair de causalité.

Le manque d’activité physique serait responsable d’un décès sur dix à travers le monde, soit presque autant que le tabac et l’obésité.

Une enquête menée de 1993-2007, afin de déterminer l’impact du mode de vie sur l’espérance de vie conclut que le « mode de vie idéal » serait : l’absence de tabac ; une consommation d’alcool égale ou inférieure à un demi verre par jour ; une consommation de cinq fruits et légumes par jour ; et de l’exercice physique d’une demi-heure par jour ; majore l’espérance de vie de 14 ans par rapport au cumul de quatre facteurs de risque. Le cumul des quatre facteurs de risque (tabac, alcool, manque de fruits et légumes et d’exercice physique) multiplie le risque de décès par 4,4, trois facteurs, de 2,5, deux facteurs de près de 2 et 1 facteur de 1,4. C’est la première fois que l’on analyse l’effet cumulé des facteurs de risque sur la mortalité.

L’hébertisme

L’hébertisme est une philosophie de vie développée par Georges Hébert à partir des années 1910. Il comprend six volets :

  1. Un entraînement complet par la Méthode Naturelle
  2. Un apprentissage des métiers manuels courants
  3. Une culture mentale et morale
  4. Une culture intellectuelle
  5. Une culture esthétique
  6. Une initiative naturiste

L’hébertisme en tant que philosophie de vie holistique, avec ses six volets, n’a été que très peu pratiqué. Par contre la Méthode Naturelle, s’est répandue du vivant d’Hébert à bien des associations, en France et à l’étranger, et a été tout un temps la méthode officielle des écoles françaises.

La Méthode Naturelle

La Méthode Naturelle, qui en est le volet physique, est donc une méthode d’éducation physique complète, axée sur l’empirisme, le synthétisme et l’utilitarisme. Le développement du corps, qui est selon Hébert « le temple de l’âme et du cerveau », doit permettre à chacun (homme ou femme) d’être physiquement fort pour être moralement fort. L’entraînement se fait dans une visée altruiste : le corps est entraîné pour aider (s’aider soi-même et aider les autres).

La Méthode Naturelle comprend dix familles d’exercice, chacune permettant de développer certaines habiletés : la marche, la course, le saut, le grimper de corde, le lever de poids, la quadrupédie, le lancer, l’équilibre, la défense, la natation. Chacune de ces activités est pratiquée régulièrement, de façon que chaque séance d’entraînement concerne l’entièreté du corps (tous les muscles) et l’entièreté des habiletés dont l’usage est utile.

Le nom d’hébertisme, bien qu’initialement plus large, a fini par désigner la seule Méthode Naturelle, et c’est sous ce nom que cette méthode d’éducation physique est aujourd’hui encore pratiquée dans certains pays en France comme en Europe.

Georges Hébert

Georges Hébert est un officier de marine et éducateur français promoteur d’une méthode d’éducation physique naturelle, l’hébertisme, opposée à la gymnastique suédoise et à la spécialisation sportive.

Il écrit ensuite de nombreux ouvrages où il décrit avec précision sa méthode dite naturelle. Comme Pierre de Coubertin, l’antiquité grecque l’attire par la grandeur et la grâce de ses exemples. « Il y trouve souvent une inspiration, des modèles, l’union traditionnelle de la gymnastique et de l’esthétique ».

Inquiet des aspects pris par la spécialisation sportive, il publie en 1925 un ouvrage, « Le sport contre l’éducation physique », où il en dénonce les principales dérives. Il définit le sport comme « tout genre d’exercice ou d’activité physique ayant pour but la réalisation d’une performance et dont l’exécution repose essentiellement sur l’idée de lutte contre un élément défini, une distance, un danger, un animal, un adversaire […] et par extension contre soi-même ».

Les origines du sport moderne en France

Ses origines remontent pour beaucoup à la période gallo-romaine avant de revêtir des formes particulières au Moyen Âge puis de justifier un discours très construit lors de la Renaissance. Celui-ci ne se cristallise vraiment en France que dans la première partie du XIXe siècle avec le développement de la gymnastique comme activité éducative et hygiénique. Ce n’est qu’à la fin de ce siècle que certains s’efforcent d’y associer la compétition sportive venue timidement d’outre-Manche comme activité de loisir de l’aristocratie. Ces pionniers doivent lutter contre le manque d’intérêt des pouvoirs publics et leurs dissensions internes entre les tenants du modèle anglo-saxon et ceux des jeux traditionnels français. Cette période, qui va jusqu’à la guerre de 1914, voit l’émergence de l’Olympisme et le partage du sport français entre trois grands organismes, c’est l’époque des unions omnisports : l’Union des sociétés de gymnastique de France apparue dès 1875, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques et les patronages de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France. À partir du 1er juillet 1901, celles-ci bénéficient du nouveau statut associatif.

La gymnastique et l’USGF

La gymnastique antique

Le terme gymnastique, vient de la Grèce antique, qui signifie « nu » en grec ancien (γυμνός prononcé gumnós). Le gymnase (γυμνάσιον gumnásion) était le lieu où l’on s’exerçait nu. Le terme désignait à la fois les jeunes gens s’entraînant à la palestre que les exercices d’assouplissement et d’échauffement préparant à l’athlétisme (athlète provient du grec ἆθλος âthlos, qui signifie « lutte, combat »). Ces épreuves étaient un résumé des exercices militaires. La gymnastique de compétition était disputée lors des Jeux olympiques.

La gymnastique moderne

La gymnastique (abrégée en « gym ») est un terme générique qui regroupe aujourd’hui des formes très diverses de disciplines sportives, pratiquées pour le loisir ou la compétition : gymnastique artistique, gymnastique rythmique, trampoline, gymnastique acrobatique, gymnastique aérobique, tumbling… Le terme est aussi appliqué à des formes d’activités dites gymniques, plus ou moins liées à la santé ou à la condition physique des personnes la pratiquant, telles que l’aquagym ou le fitness.

La gymnastique en France aujourd’hui

La gymnastique en France est essentiellement régie par la Fédération française de gymnastique (FFG), celle-ci étant affiliée aux instances internationales. Il est également possible de pratiquer la gymnastique auprès de fédérations multisports telles que l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (UFOLEP), l’Union nationale du sport scolaire (UNSS) ou la Fédération sportive et culturelle de France (FSCF).

Histoire du développement de la gymnastique en France

Héritière de pratiques issues de la plus haute antiquité, la gymnastique, qui s’est développée en France dans la bourgeoisie urbaine sous la Restauration et le Second Empire et devient un véritable enjeu national aux débuts de la IIIe République.

Le désastre de 1870 achève d’inscrire la gymnastique parmi les priorités nationales, mobilisant au-delà de la seule sphère politique : dès 1872, l’École normale militaire de gymnastique de Joinville (futur bataillon de Joinville) devient École de gymnastique et d’escrime en s’ouvrant à toute la Nation et en particulier aux instituteurs qui doivent y faire un stage de trois mois à l’occasion de leur service militaire.

L’USGF pilier de la République

Eugène Paz, un professeur de l’école normale d’Auteuil, qui participe activement à ce mouvement fonde l’Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) le 28 septembre 1873. Le journal Le moniteur de gymnastique qu’il a créé en 1868 devient alors Le Gymnaste, titre que la revue fédérale de la Fédération française de gymnastique porte encore à ce jour, et la devise « Patrie, courage, moralité » est adoptée par la nouvelle union qui marque par là son engagement dans le relèvement national après la défaite face à la Prusse et le drame de la Commune de Paris. En 1875 l’USGF regroupe déjà 250 associations. En 1878 le nouveau président Jean-Jacques Ziegler, organise les 16 et 17 mai une grande Fête de la régénération nationale. En 1889, en réunissant devant le président de la République Sadi Carnot plus de 10 000 gymnastes issus de 830 sociétés étrangères et françaises à la XVe fête fédérale de Paris au polygone de Vincennes celui-ci scelle enfin l’alliance entre les gymnastes de l’USGF et l’État français. À partir de cette date les présidents successifs de la République honorent souvent la fête fédérale de leur présence effective et les sociétés de gymnastique sont « autorisées à défiler derrière les corps de troupe avec leur musique et drapeau » et est reconnue par le gouvernement comme un organisme patriotique, est financée à ce titre par le ministère de la Guerre.

L’emprise de la gymnastique s’accentue encore à la fin de la décennie avec la création des bataillons scolaires. Lors de son congrès de 1881 la Ligue de l’enseignement de Jean Macé soutient la démarche et Paul Bert, ministre de l’Instruction publique, instaure l’obligation de la gymnastique et des exercices militaires à l’école primaire par la loi du 28 mars 1882. Enfin, le 18 mai, la cause de la gymnastique reçoit le soutien de la Ligue des patriotes dès sa fondation. L’initiative est officialisée en 1883 par la nomination d’un inspecteur général attitré. L’USGF a déjà acquis alors une dimension européenne et, avec les fédérations belge et néerlandaise, elle participe le 23 juillet 1881 à la fondation du Bureau des fédérations européennes de gymnastique qui devient en 1922 la Fédération internationale de gymnastique (FIG). À partir de 1891, lors de la disparition des bataillons scolaires, beaucoup se muent alors en associations qui renforcent les effectifs de l’USGF.

Jusqu’à l’aube du XXe siècle, l’USGF est surtout un organisme de réflexion dont le comité directeur s’enorgueillit de compter en son sein des sommités scientifiques, politiques, littéraires et médiatiques du moment. Elle s’investit essentiellement à l’organisation de sa grande fête fédérale destinée à mobiliser les énergies au service de la nation. Par contre, elle reste pour le moins réservée à l’égard de la compétition sportive, comme d’ailleurs le bureau européen. Cette position est confirmée par la participation d’un seul Français aux Jeux olympiques d’Athènes en 1896, année où Charles Cazalet accède à la présidence de l’USGF .

Lors des suivants, en 1900 à Paris la gymnastique est avec le cyclisme le sport le plus populaire en France et au centre de l’éducation sportive de la Troisième République. Il revient donc à l’USGF d’inaugurer le tout nouveau vélodrome de Vincennes les 3 et 4 juin par sa fête fédérale avec 8 050 gymnastes venus de toute la France, puis dans la foulée, au concours international organisé les 29 et 30 juillet dans le cadre de l’exposition universelle, où les gymnastes français connaissent un fort succès collectif.

Charles Cazalet entend bien pérenniser l’avantage acquis. Il invite dès l’année suivante le peintre Octave Denis Victor Guillonnet à la fête fédérale de Nice les 7 et 8 avril 1901. Celui-ci voit 3 000 gymnastes défiler devant le tombeau de Gambetta pour lui rendre un hommage solennel que Guillonnet immortalise sur une toile. Cazalet obtient que l’œuvre soit gravée à l’eau-forte et reproduite pour une large diffusion. L’objectif est clairement affiché dans son courrier du 2 octobre 1909 au sous-secrétaire d’État au ministère des Beaux-Arts : « des gravures de propagande qui serviraient, je le crois, admirablement la cause patriotique à laquelle nous sommes attachés ; le souvenir de cette grande manifestation, les idées qu’elle évoque, la mémoire de Gambetta et la défense nationale sont autant de forces de rayonnement pour accroître encore les sentiments patriotiques et républicains de toute notre jeunesse ». Ce succès fait évoluer les mentalités, mais il faut encore attendre 1903 avant que ne soit organisé le premier tournoi international sous l’égide du bureau européen à Anvers. La même année l’USGF est reconnue d’utilité publique le 12 avril. Fort de ces succès Charles Cazalet, prend en charge le tournoi suivant à Bordeaux en 1905, l’USGF entre dans l’ère sportive.

L’USGF investit également l’Empire colonial où elle organise sa fête fédérale à Alger dès 1896 puis à Tunis en 1912. Les sociétés de gymnastique d’Afrique du Nord comptent parmi les grandes associations de l’Union et lui fournissent alors ses plus grands champions.

Une organisation sportive prémilitaire 1900 – 1914

L’USGF porte une grande attention à la formation de ses cadres, souvent issus de l’École de Joinville. Afin de leur assurer une formation de niveau supérieur, elle finance en 1903 le Cours supérieur d’éducation physique créé à la Sorbonne. Ce cours préfigure l’intégration universitaire de la formation des enseignants. Cependant l’objectif majeur reste bien patriotique et l’USGF, qui regroupe 1 100 associations à la veille de la Grande Guerre, contribue largement à fournir à la nation les soldats qu’elle espère pour assurer la revanche. Elle est alors exclusivement masculine et l’Union française des sociétés de gymnastique féminine n’apparaît qu’en 1912. Celle-ci devient en 1921 Fédération des sociétés féminines françaises de gymnastique et des sports (FSFFGS) et se transforme le 12 octobre de la même année en Fédération féminine française de gymnastique et d’éducation physique (FFFGEP). Depuis 1906 les gymnastes bénéficient de nombreux avantages lors de leur service militaire lorsqu’ils sont titulaires du Brevet d’aptitude militaire. Aussi et à cette fin le programme de ses compétitions reste surtout collectif et très éclectique. Les titres de champions se décident autant au saut à la perche ou au lever de gueuses qu’à la barre fixe ; même aux championnats du monde cela persistera jusqu’en 1954. Seuls les tournois des Jeux olympiques se limitent aux seules pratiques gymniques aux agrès. Grâce à cette excellence physique pluridisciplinaire, la gymnastique fournit à l’Armée beaucoup de ses cadres et une grande partie de ses troupes d’élite pendant la guerre 1914-1918 dont elle sort renforcée alors que la fédération omnisports de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) se dissout à travers les nouvelles fédérations unisports.

L’après-guerre 1919 – 1942

L’Union perd 100 000 de ses membres et de ses cadres pendant le conflit. Mais elle organise néanmoins un grand rassemblement national en juin 1919 à Nancy afin de célébrer le retour de la Lorraine et de l’Alsace à la France. La tradition humaniste et sociale perdure et Georges Hébert reconnaît cette même année que les cadres des sociétés de gymnastique ont « un passé, des traditions et la conscience d’être utiles au bien public ».

Les résultats internationaux baissent un peu mais remonte progressivement, Jusqu’en 1930. Les tournois internationaux laissent place à partir de l’année suivante aux championnats du monde dont le premier est organisé à Paris en 1931. À partir de cette date, la France rétrograde régulièrement au classement général.

Pendant cette période l’USGF reste un bastion de l’idéal républicain et la façon dont elle organise sa Fête fédérale est une manière de se mettre au service du régime chaque fois que nécessaire : en 1929 à Orléans pour le 500e anniversaire de la délivrance d’Orléans, fête en l’honneur de Jeanne d’Arc pour soutenir la volonté de l’État laïc à revendiquer le personnage de l’héroïne nationale, en 1930 à Alger pour célébrer le 100e anniversaire de la conquête de l’Algérie et du débarquement de Sidi-Ferruch, l’année suivante à Paris pour l’Exposition coloniale internationale de Paris où encore les commémorations en hommage à Léon Gambetta.

Cependant en 1923 le conflit qui oppose depuis 20 ans l’USGF à Philippe Tissié et ses collègues médecins qui lui contestent le monopole de la formation supérieure des enseignants d’éducation physique, tourne à son désavantage et le cours supérieur lui échappe. Elle se recentre alors sur celle des cadres gymniques de ses associations.

Le 2 avril 1942, une fusion est imposée par le régime de Vichy entre l’USGF et son équivalent féminin, la Fédération féminine française de gymnastique et d’éducation physique (FFFGEP). La nouvelle entité créée par cette fusion prend le nom de Fédération française de gymnastique (FFG)et est l’instance nationale qui gère la gymnastique en France depuis cette date.

L’Union des sociétés françaises de sports athlétiques

L’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) est une fédération sportive française omnisports fondée le 20 novembre 1887 par les dirigeants de deux clubs parisiens, le Racing Club de France et le Stade français, décident de créer une fédération d’athlétisme : l’Union des sociétés françaises de courses à pied (USFCP) qui organise le 29 avril 1888 ses premiers championnats nationaux. Un mois plus tard, le 1er janvier 1888, Pierre de Coubertin créé un Comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation. L’USFCP accepte rapidement d’autres sports en son sein et le 31 janvier 1889, prend le nom d’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), non sans provoquer de vives polémiques, les termes de sport et d’athlétisme renvoyant encore respectivement au champ de course et aux bateleurs de foire. Découvrant alors son existence et le travail déjà réalisé par son président, Pierre de Coubertin renonce à son comité et rejoint l’USFSA dont il devient secrétaire.

Développement

À partir de 1888, les établissements parisiens privés et publics se confrontent dans des épreuves de rallye-paper et de cross-country pour la possession du fanion de l’Union qui revient souvent au lycée Janson-de-Sailly. L’USFSA n’admet bientôt que les clubs comptabilisant au moins 25 membres et un an d’existence. Ils sont 7 en 1890 et 50 en 1892. Coubertin qui se consacre particulièrement au développement du sport scolaire fonde la Revue athlétique dès 1890 puis Les sports athlétiques avant de fusionner les deux titres. Grâce à son prosélytisme le nombre d’associations passe à 350 en 1903, pour atteindre 1 700 en 1913, regroupant 270 000 licenciés. Les associations scolaires sont rapidement plus nombreuses que les clubs, ce qui n’est pas sans poser problème, certains membres du comité craignant que ce développement ne se fasse au détriment du recrutement des clubs eux-mêmes. L’organisation des Jeux olympiques de Paris accentue les divergences et Pierre de Coubertin est ainsi amené en 1898 à démissionner et céder ses fonctions à Frantz Reichel, champion de talent très polyvalent et dirigeant dynamique qui a laissé depuis son nom au championnat de France junior de rugby (Coupe Frantz-Reichel) et à la Fédération française de hockey sur gazon (FFH). Fédération exclusivement parisienne à l’origine, l’USFSA ouvre ses championnats à la province en 1899 et les étend à la natation et au hockey sur gazon.

C’est à l’occasion du 5e congrès de l’USFSA, en 1892, que Pierre de Coubertin prononce le discours fondateur de la rénovation des Jeux olympiques prévue en 1896 à Athènes. En 1900 l’USFSA se charge de l’organisation des Jeux athlétiques des seconds Jeux olympiques, initialement prévus comme Concours internationaux d’exercices physiques et de sports de l’exposition universelle de 1900 à Paris. Le 27 mai 1899, son comité d’organisation se voit confier 15 activités sur les 19 retenues par le Comité international olympique (CIO) pour constituer le programme olympique. Bien que très sensible aux problèmes d’amateurisme, contrairement alors à d’autres fédérations françaises, l’USFSA est aussi à l’origine de la création de la Fédération internationale de football association (FIFA) le 21 mai 1904 au siège même de l’USFSA. Malgré ces actions, celle-ci ne reçoit aucune aide financière des pouvoirs publics jusqu’en 1907, contrairement à l’Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) qui, reconnue par le gouvernement comme un organisme patriotique, est financée à ce titre par le ministère de la Guerre.

Difficultés et déclin

Le besoin d’être reconnue comme telle l’amène à sanctionner ses associations qui se déplacent à Rome en 1906 pour un grand rassemblement sportif à l’invitation du pape Pie X, avec pour conséquence une fuite massive et immédiate d’effectifs importants vers la toute jeune Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) qui s’en trouve fortement confortée. Le secrétaire général de celle-ci (la FGSPF) profite de la situation pour regrouper les fédérations attachées au football au sein d’un Comité français interfédéral (CFI) le 23 mars 1907 et Pierre de Coubertin marque aussi son désaccord en se retirant définitivement des instances dirigeantes de l’USFSA en décembre 1906. Il revient à son président Frantz Reichel de contrôler au mieux la situation par la création le 3 mai 1908 d’un Comité national des sports (CNS) qui finit par accueillir et absorber plus ou moins le Comité olympique français (COF) en créant au sein des fédérations le consensus nécessaire pour participer aux jeux de 1908 et 1912. Le 17 juillet 1912 à Stockholm, deux jours après les Jeux olympiques d’été, l’USFSA est au nombre des 17 fédérations nationales qui fondent l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF).

L’influence de l’USFSA sur le football est cependant définitivement compromise et celui-ci prend son autonomie au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1919, préludant à l’éclatement de l’USFSA : sous la présidence de Gaston Vidal (1919-1920) la grande fédération omnisports se dissout en multiples fédérations sportives spécialisées. Si la section football est la première à la quitter avec la création de la Fédération française de football association (FFFA) le 7 avril 1919, la Fédération française de Hockey (FFH) suit en 1920. Le 11 octobre de la même année, c’est au tour de la Fédération française de rugby à XV (FFR) d’être officiellement créée pour remplacer l’USFSA en tant qu’organe dirigeant du rugby à XV en France. La Fédération française d’athlétisme (FFA) voit le jour le 20 novembre et la commission natation de l’Union devient Fédération française de natation et de sauvetage, future Fédération française de natation (FFN), en 1921. Le basket-ball est géré jusqu’en 1932 par une commission de la Fédération française d’Athlétisme (FFA).

Organisation

Toutes les équipes nationales françaises émanant de l’USFSA portent le maillot blanc et arborent comme emblème deux anneaux entrelacés, rouge et bleu, réduits aux couleurs du drapeau français. Cet emblème inspire plus tard le drapeau olympique. Le coq est progressivement intégré au blason à partir de 1913 avec l’adhésion de l’USFSA au CFI. La devise de l’USFSA Ludus Pro Patria (soit Des jeux pour la Patrie) est l’œuvre de Jules Marcadet, président du Stade Français et cofondateur de l’Union. Chaque discipline sportive est organisée par une commission : athlétisme, rugby à XV, football. Le 23 octobre 1894, le comité d’organisation de l’USFSA décide de créer 19 comités régionaux afin d’organiser des compétitions en province. Elle publie sa revue Les sports athlétiques chaque samedi.

Les disciplines au sein de l’USFSA

Si l’éclatement de la USFSA à donnée lieu à la création de plusieurs fédérations : d’Athlétisme, de Cross-country, de Rugby à XV, de Football, de Natation, de Hockey sur gazon. Elle organisait d’autre sports et activités comme les tournois de croquet, de cricket et de tir à la corde lors des Jeux olympiques d’été de 1900. Ou encore le rallye paper, jeu de poursuite équestre ou pédestre, imitant de la chasse à courre, la bête poursuivie étant remplacée par un coureur qui sème des petits papiers et les chasseurs par les poursuivants qui suivent la trace marquée par ces papiers et qui essaient d’attraper le coureur.

Elle organise également le baseball. Le basket-ball qui y apparaît peu avant la Grande Guerre comme section de l’athlétisme reste ensuite, de 1920 à 1932. Pour information les premières compétitions de volley-ball apparaissent en France dès 1929 dans le cadre du sport travailliste et les premières équipes féminines se forment deux ans plus tard. La fédération de volley-ball (FFVB) n’apparaît cependant qu’en février 1936 et celle de handball (FFHB) en septembre 1941, le jeu à 11 étant alors prépondérant.

Le dogme de l’amateurisme

Conformément au message de Thomas Arnold (enseignant et historien britannique qui fut à la tête du Rugby School de 1828 à 1841) qui en fait la condition même des potentialités éducatives du sport, la défense de l’amateurisme pur et dur est au cœur de la problématique de l’éducation physique et sportive.

Le dénigrement du « professionnalisme à l’anglo-saxonne » n’est pas sans fondements : liées (et même justifiées) à la pratique des paris qui brassent d’énormes sommes, les courses et la boxe sont profondément corrompues par divers « trucages » qui leur dénient tout intérêt moralisant ou éducatif. Dès 1881 cet argument se trouve conforté par les lois Jules Ferry qui instaurent une école laïque, gratuite et obligatoire : si le sport veut y tenir sa place il lui importe de se tenir à l’écart des questions d’argent. Dès le milieu des années 1880 Georges de Saint-Clair et Ernest Demay lancent une campagne nationale de « purification » de l’athlétisme où les courses à pied calquées sur les épreuves hippiques sont déjà dotées de prix en espèces depuis le milieu du XIXe siècle. Leur action est couronnée de succès et ils finissent également par obtenir l’interdiction des paris sur les courses athlétiques.

L’USFSA (Union des sociétés françaises de sports athlétiques) fédération sportive française omnisports fondée le 20 novembre 1887 par le Racing Club de France et le Stade français consacrée à l’athlétisme s’ouvre dés 1889 à d’autres sports (rugby à XV, hockey sur gazon, escrime, natation) puis 1894 au football représenté en son sein par des commissions spécialisées ; elle prône alors la pratique pour la seule gloire de la performance et le bien du corps et rejette toute forme de professionnalisme dans le sport, instaurant un amateurisme très restrictif qu’elle définit ainsi dans ses statuts : « Est amateur toute personne qui n’a jamais pris part à une course en espèces ou pour de l’argent provenant des admissions sur le terrain ou avec des professionnels pour un prix ou pour de l’argent provenant d’une souscription publique ou qui n’a jamais été à aucune période de sa vie, professeur ou moniteur salarié d’exercices physiques ou qui ne se livre à aucune profession ouvrière ». Plutôt que renoncer à ces principes, elle préfère laisser sa place à la Fédération internationale de football association (FIFA) en 1907 à son concurrent le plus direct, le Comité français interfédéral (CFI, ancêtre direct de la Fédération française de football) de Charles Simon, pour y représenter la France.

Cet héritage du dogme de l’amateurisme survie à travers les Jeux Olympiques modernes (de 1894 à 1981) qui sont réservés officiellement aux sportifs amateurs. Ce n’est qu’à partir de 1981 que le CIO (Comité International Olympique) autorise les sportifs professionnels à participer aux J. O.

La Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF)

En 1891, l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII légitime et conforte les patronages paroissiaux catholiques qui développent une tradition de jeux de course, ballons et échasses puis de gymnastique depuis près d’un siècle. Peu de temps après, l’anticléricalisme relayé par l’Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) incite l’épiscopat français à envisager le regroupement de ses fidèles gymniques au sein d’une organisation spécifique. C’est chose faite en 1898 grâce au docteur Paul Michaux qui obtient, fin 1897, de la commission des patronages la création d’une Union des sociétés de gymnastique et d’instruction militaire des patronages et œuvres de jeunesse de France (USGIMPOJF) remplacé, en octobre 1901, par une Fédération des sociétés catholiques de gymnastique (FSCG).

Comme ses deux sigles initiaux le montrent bien, c’est avant tout une fédération gymnique, donc concurrente de l’Union des sociétés de gymnastique de France, cette dernière étant proche de la Ligue des patriotes et de la Ligue de l’enseignement qui s’affirment toutes deux laïques voire anticléricales.

Cette institution poursuit des buts certes apostoliques mais aussi hygiénistes (conformément aux idées développées alors par les grands physiologistes tels que Claude Bernard, Étienne Marey ou Paul Bert) et patriotiques suite aux réactions consécutives à la défaite française de 1870. Pour ces deux objectifs, la gymnastique déjà pratiquée dans les patronages depuis Timon-David s’impose, car le ministre Paul Bert lui donne mission de combler le fossé de plusieurs années entre les bataillons scolaires de l’école primaire obligatoire quittée à 13 ans et l’incorporation dans l’armée. À cette fin, tout instituteur passe, au cours de son service, trois mois dans l’école normale militaire de gymnastique de Joinville vouée à l’escrime et la gymnastique.

Néanmoins, le sport fait rapidement son apparition avec la prise en compte du football dès 1901 et de la course à pied en 1903. La fédération en prend acte et le 14 décembre 1903 elle devient Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF). Cette même année paraît le premier numéro du journal Les Jeunes. L’année 1904 voit le premier cross et le premier championnat fédéral d’athlétisme à Saint-Cloud, puis le premier congrès fédéral de la Commission des patronages. Le journal Les Jeunes, d’abord simple encart de la revue Patronage, devient autonome et hebdomadaire à partir de mars 1905. Le 15 juillet, la fédération emménage dans ses premiers locaux au 5 place Saint-Thomas-d’Aquin ; Léon Lamoureux prend en charge l’administration le 14 novembre, vite secondé par Charles Simon.

La gymnastique, le football, la guerre (1898-1918)

Cependant, la gymnastique reste bien l’occasion d’inscrire les catholiques dans le contexte patriotique et les grands concours qui préexistaient se multiplient, attirant à Paris des associations de province mais le développement de la fédération reste limité jusqu’en 1906. En 1908, l’hostilité des pouvoirs publics et des autres fédérations à l’égard des associations ayant répondu à l’invitation du pape pour participer aux concours de gymnastique de Rome en 1906 déclenche leur adhésion massive à la FGSPFG. Par exemple, la région lyonnaise, qui possède sa propre Fédération des sociétés catholiques de gymnastique du Rhône et du sud-est, y adhère cette année-là.

Cette situation, qui irrite les anticléricaux, n’est pas sans risques. Si en septembre 1904 les troupes de l’abbé Deschamps se permettent de raccompagner Émile Combes, président du Conseil, à la gare d’Auxerre avec des clochettes et des sifflets, le 8 juin 1907 la Saint-Joseph des Épinettes laisse un mort et deux blessés graves sur le terrain. Le 11 juillet 1911, le concours de Roubaix mobilise 50 000 spectateurs et 8 000 gymnastes mais aussi 3 000 opposants anticléricaux et 400 gendarmes qu’il faudra renforcer de deux escadrons de dragons et de deux brigades de police. C’est la guerre et la situation perdure car trois semaines avant la déclaration de la Grande Guerre, le 12 juillet 1914 à Roanne, un préfet zélé mobilise l’armée et fait charger un défilé par la garde mobile au prétexte que des prêtres l’accompagnent. Néanmoins les ralliements se multiplient, en particulier en province et, le 8 octobre 1910 à Chantilly, c’est une société de Bordeaux, La Flèche, qui remporte le premier championnat fédéral de gymnastique. L’année suivante, 43 unions régionales et 1 250 sociétés affiliées participent au 9e congrès fédéral.

Par solidarité avec les provinces françaises annexées à l’Allemagne, deux concours sont organisés à Nancy en 1907 puis en 1911. Lors du second des sociétés d’Alsace, de Belgique, de Hollande, d’Irlande, d’Italie et du Canada sont invitées. À cette occasion, la FGSPF rassemble 8 500 athlètes dans la capitale lorraine. Les 25 délégations étrangères constituent sur place l’Union internationale des œuvres catholiques d’éducation physique (UIOCEP) qui devient, en 1947, la Fédération internationale catholique d’éducation physique et sportive (FICEP). En décembre 1911, cette union se réunit à Rome pour établir ses statuts avec les encouragements de Pie XI.

En douze ans, la FGSPF a su fédérer l’essentiel des patronages des paroisses et des congrégations à vocation caritative. Mais ceux qui sont apparus au sein des établissements des ordres enseignants s’adressant aux élites sociales restent encore le plus souvent hors de son influence. Souhaitant établir grâce au sport un lien fort entre la jeunesse ouvrière et la jeunesse instruite, elle est la première fédération française à se préoccuper de sport scolaire à travers son Union gymnastique et sportive de l’enseignement libre créée le 10 février 1911 avec René Barbier de la Serre, déclarée le 29 mars 1911 et devenue l’Union générale sportive de l’enseignement libre (UGSEL) en 1935. La conquête de ce secteur s’avère laborieux, car il est déjà largement prospecté par l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) depuis plus de 20 ans comme en témoigne l’histoire du père Henri Didon et de son institut Albert-le-Grand d’Arcueil. La FGSPF, qui compte 13 clubs affiliés fin 1898, en enregistre 1 504 en 1914 contre respectivement 1 100 et 1 700 à ses rivales l’USGF et l’USFSA.

Pour le docteur Michaux, sous-tendu par l’espoir de reconquérir l’Alsace et la Lorraine, la préparation militaire et le tir sont aussi une priorité fédérale : en 1914, un lauréat sur trois du Brevet d’aptitude militaire l’a préparé au sein de la FGSPFG . Celle-ci perd 25 000 de ses adhérents, tombés au champ d’honneur durant la Première Guerre mondiale, parmi lesquels beaucoup de cadres et de prêtres-directeurs. En novembre 1914, Paul Michaux estime que plus de 50 000 jeunes des patronages sont présents sous les drapeaux. La FGSPF n’interrompt cependant pas ses activités, et Paul Michaux peut organiser le premier concours d’après-guerre dans une grande ville redevenue française : 7 000 gymnastes venus de tout l’hexagone se retrouvent à Metz dès le 4 août 1919.

La majorité des groupements sportifs français — y compris de nombreux patronages et établissements scolaires religieux — adhère longtemps à l’USFSA qui dispose de commissions spécialisées pour chaque discipline. Ses dirigeants, férus de football-rugby, s’avèrent plus réticents vis-à-vis du football-association qui mobilise déjà des sportifs professionnels outre-Manche mais qui est aussi largement pratiqué dans les cours des presbytères et dont la nouvelle Fédération des sociétés catholiques de gymnastique (FSCG) ne peut plus se désintéresser depuis qu’elle en a fait état dans son bulletin de janvier 1900 et organisé de premières rencontres l’année suivante. C’est peut-être pour affirmer sa légitimité à s’en préoccuper qu’elle prend en 1903 le nom de Fédération gymnastique et sportive des patronages de France et organise dès l’année suivante son propre championnat de France de football FGSPF qui connaît dix saisons pour s’interrompre avec la guerre puis s’effacer au profit de la création de la coupe Charles Simon en 1917. Seul persiste alors un championnat fédéral.

Les difficultés s’accumulant, c’est son secrétaire général, Charles Simon qui est à l’initiative de la fondation du Comité français interfédéral (CFI) en 1907. Il reçoit alors l’adhésion individuelle de membres de l’USFSA favorables au football. Le premier championnat du CFI en 1907 est doté d’un trophée offert par Pierre de Coubertin lui-même : le bouclier de Brennus. Les nouvelles adhésions ne sont pas désintéressées : l’USFSA ayant quitté avec fracas en 1908 la Fédération internationale de football association (FIFA), Simon y a immédiatement affilié le CFI, devenu le seul organisme à y représenter la France. En 1912, celui-ci décide de limiter strictement son champ d’action au seul football-association.

Le siège du CFI est toujours celui de la FGSPF : 5 place Saint-Thomas-d’Aquin à ParisH. Le 15 juin 1915, Charles Simon tombe au champ d’honneur et Henri Delaunay lui succède dans ses fonctions à la FGSPF et au CFI. Ceux-ci décident le 5 janvier 1917 de donner le nom du héros disparu à la Coupe de France de football. Le 7 avril 1919, le CFI devient Fédération française de football (FFF) sous la présidence de Jules Rimet et le secrétariat général d’Henri Delaunay qui cède sa place à la FGSPF à Armand Thibaudeau, lui-même aux origines de la Fédération française de basket-ball (FFBB).

Si la FGSPF fournit, à l’occasion du conflit, une partie de ses cadres à l’armée française grâce à son engagement préalable à l’égard de la préparation militaire, les plus jeunes participent activement pendant ce temps à l’effort national. La FGSPF fournit au ministère de l’agriculture des contingents de jeunes citadins pour assurer les travaux des champs. Sur Paris, elle sait mobiliser sur simple appel les équipes de brancardiers indispensables à l’accueil des blessés dans les gares de la capitale.

La victoire de 1918 a coûté à la FGSPF 24 000 tués et 60 000 blessés. Les deux tiers de ses 110 000 membres ont reçu la croix de guerre.

L’après-guerre – Éducation physique et sportive, culture, et jeunesse

L’apparition des fédérations sportives spécialisées après la Première Guerre mondiale ne semble pas lui poser de problèmes, contrairement à l’USFSA qui disparaît de la scène nationale. La FGSPF connaît même alors un développement exceptionnel, dans le domaine du basket-ball en particulier.

Le basket-ball

La FGSPF est agréée dès 1922 et ses associations reçoivent agréments et subventions du Ministère de la Guerre sous réserve d’assurer prioritairement la gymnastique et la préparation militaire. En dépit de critiques qui commencent à s’élever dans certaines sphères progressistes du clergé contre « le sport à goût de guerre », c’est le départ d’une ère particulièrement faste : entre la récente disparition de l’USFSA et le développement encore balbutiant des fédérations unisports, auquel elle participe largement pour le football et le basket-ball, elle est la première fédération sportive française. En 1928, 1 500 de ses 2 500 associations sont agréées et le 26 avril elle est admise au Comité national des sports. Elle assume ce statut en étant à l’initiative des grandes innovations de l’entre-deux-guerres : assurance sportive en 1924, certificat médical en 1930 à l’initiative du docteur Récamier, brevet sportif populaire, brevets du footballeur et du basketteur-athlète.

Les sports se développent et plus particulièrement le basket-ball où la FGSPF s’investit particulièrement dans ce nouveau sport qui se structure d’abord en 1920 au sein de la Fédération française d’athlétisme (FFA) née de l’éclatement de l’USFSA dès la fin de la guerre. La même année apparaît le premier championnat fédéral dans cette discipline.

La culture

Issue du mouvement des patronages la FGSPF ne peut se désintéresser de la culture et en particulier du théâtre et du cinéma, fortes parties de l’activité des patronages dès leur origine au XIXe siècle mais, par souci de non-concurrence, elle ne structure pas ces domaines qui relèvent encore de l’Association théâtrale des œuvres catholiques d’éducation populaire (ATOCEP) et de la Fédération loisirs et culture cinématographiques (FLECC) qui gèrent ce champ d’activité. Il en est de même pour les colonies de vacances qui fleurissent avec les premiers congés payés dès 1922 et l’action de Marc Sangnier (1873-1950) au niveau des auberges de Jeunesse (AJ) à partir de 1929 et parfois des troupes scoutes rattachées localement aux patronages. Il appartient alors au president de l’époque d’entretenir de bonnes relations avec ces divers organismes étroitement mêlés à la vie quotidienne des associations affiliées. Il faut cependant attendre 1968 pour que la Fédération sportive et culturelle de France (FSCF) prenne officiellement en charge ces activités bien présentes dans les patronages dès leurs origines.

Éducation physique et sportive

La FGSPF suit aussi le développement du sport scolaire qui nécessite de donner toute son autonomie à l’Union gymnastique et sportive de l’enseignement libre qui devient l’UGSEL peu avant la guerre. À côté de la gymnastique et du sport elle se préoccupe aussi d’éducation physique extrascolaire 15 et crée en 1935 une commission d’éducation physique qui élabore aussitôt une fiche et un certificat d’éducation physique inspirés de Georges Hébert préfigurant le Brevet sportif populaire (BSP) institué par Léo Lagrange deux ans plus tard. La même année se déroule en Tarentaise le premier concours catholique de skieurs organisé par l’union régionale Ain-Savoies.

Éducation populaire

Elle accompagne le passage parfois délicat des cercles d’études traditionnels, où toutes les classes sociales de la paroisse se côtoient, vers la nouvelle action catholique spécialisée Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), Jeunesse agricole catholique (JAC), Action catholique ouvrière (ACO). Afin de faire entendre sa voix, elle organise et entretient un véritable réseau de communication soutenu par des actions de promotion. Véritable pivot de tout un champ d’éducation populaire, reconnue d’utilité publique par le décret du 31 mars 1932 et bénéficiant de l’appui de la hiérarchie catholique elle va devoir affronter à nouveau la guerre.

Guerre et après-guerre

Dès le 4 octobre 1940, la nouvelle réglementation induite par la Charte des sports contraint le Rayon sportif féminin (RSF) à fusionner avec la FGSPFJ. L’Occupation ayant scindé la France en deux, l’Union régionale lyonnaise devient le centre et le moteur de la FGSPF en zone libre. Puis la FGSPF doit adopter le 24 octobre 1942 le sigle imposé par les pouvoirs publics d’Union gymnique et sportive des patronages de France (UGSPF). À la Libération elle reprend son titre de façon éphémère pour le troquer contre celui de Fédération sportive de France (FSF) en 1947.

La Fédération sportive et culturelle de France

Si la FGSPF puise ses lointaines origines dans le christianisme social du XIXe siècle, elle doit sa véritable reconnaissance nationale à sa participation active — à travers la gymnastique et la préparation militaire — à l’important effort de redressement national qui caractérise les débuts du XXe siècle, dans un contexte délicat pour elle car bien marqué par l’anticléricalisme alors qu’une partie du clergé émet de fortes réserves eu égard à son militarisme militant. Elle contribue cependant déjà à l’éclosion des sports et plus particulièrement du football ainsi qu’à la fondation de la Fédération internationale catholique d’éducation physique et sportive.

Bénéficiant de la reconnaissance d’utilité publique par décret du 31 mars 1932, elle connaît entre les deux guerres un développement exceptionnel qui en fait alors un temps la première fédération française. Elle change de nom peu après la Libération pour devenir la Fédération sportive de France mais ses associations, jusqu’ici intimement liées aux paroisses, se trouvent alors souvent confrontées à une mise à distance par celles-ci. Afin de mieux les assurer de son soutien, la FSF, qui s’est jusqu’ici limitée à la seule organisation des pratiques sportives, prend à son compte l’ensemble des activités des patronages et change à nouveau son nom pour celui de Fédération sportive et culturelle de France en 1968.

Quelque peu contestée au sein du monde catholique lors de la mise en œuvre du concile Vatican II, elle ressent aussi la nécessité de se définir clairement à travers un document d’orientation fondamental où, sans renoncer à ses références initiales, elle se fixe aujourd’hui pour but la formation de citoyens (hommes et femmes), acteurs responsables des modifications de la société. Elle reste clairement d’obédience chrétienne catholique mais accueille tous les publics dans un esprit d’ouverture laïque : respect, partage et prise en compte de chacun dans l’acceptation et l’expression fondamentale de sa personnalité.

Union française des œuvres laïques d’éducation physique

Créée en 1928, au sein de la Ligue de l’enseignement pour répondre aux attentes d’une partie des adhérents de l’époque, l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique est une association loi de 1901 et la première fédération affinitaire loin devant l’Union nationale des clubs universitaires (UNCU) créée en 1961 et de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT) créée en en 1934 par fusion de la Fédération sportive du travail (FST) et de l’Union des sociétés sportives et gymniques du travail (USSGT).

Une fédération affinitaire visent en priorité une pratique omnisports, multiactivités, selon des affinités diverses centrées sur l’être humain dans sa globalité.

L’Union française des œuvres laïques d’éducation physique est l’un des secteurs sportifs associatifs de la Ligue de l’enseignement, mouvement d’éducation populaire.

Elle contribue sous le Front populaire à la mise en œuvre de la politique sportive menée par Léo Lagrange. Sa commission scolaire, l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (USEP), est reconnue en 1939 par un décret signé de Jean Zay.

Dissoute le 17 avril 1942 par le gouvernement de Vichy, avec confiscation de ses locaux et de ses biens, l’UFOLEP poursuit ses activités dans la clandestinité pour les reprendre au grand jour dès la Libération.

Aujourd’hui

Elle a pour vocation de fédérer des associations sportives, d’organiser et d’accompagner des rencontres, des compétitions départementales, régionales et nationales, tout en répondant aux attentes de plaisir, de convivialité, d’engagement et de performance de ses adhérents et pratiquants.

Elle présente une double identité et une double ambition de fédération multisports et de mouvement d’idées dans la société d’aujourd’hui et de demain.

L’UFOLEP est une fédération agréée par le Ministère des Sports et membre du Comité national olympique et sportif français (CNOSF).

Politiquement, l’UFOLEP s’inscrit dans les fondamentaux politiques et idéologiques de la Ligue de l’enseignement pour « contribuer à une meilleure prise en compte des enjeux et des problématiques de société » : elle prône des valeurs fortes (laïcité, solidarité, mixité, parité, égalité des genres, tolérance, fair-play …) au travers de la pratique sportive. Elle défend l’idée d’une pratique saine, festive et accessible à tous les publics. Pour ce faire, elle mobilise un important réseau de bénévoles et de professionnels associatifs sur l’ensemble du territoire.

En 2015, elle réunit près de 380 000 licenciés (de tous âges et de tous niveaux). La fédération regroupe 8 500 associations, une centaine de délégations départementales et treize comités régionaux. Elle propose plus de 8 000 manifestations et évènements sportifs par an, publie une revue dédiée appelée En jeu et a développé une application mobile nommée « Tout Terrain ».

L’UFOLEP accueille également des volontaires en service civique notamment à travers le Grand Programme Volontaires Tout Terrain, créé conjointement avec la Ligue de l’enseignement.

Le sport scolaire

Le sport scolaire représente la pratique compétitive du sport à l’école, ouverte aux élèves volontaires. Il cherche à mettre en avant la valeur éducative du sport, afin de développer la pratique d’activités sportives, composantes de l’éducation physique et sportive (EPS) mais aussi un lieu où se construit l’éducation à la citoyenneté, non seulement par la pratique sportive, ses valeurs et ses modalités, mais aussi par l’apprentissage de la vie associative. Contrairement à l’éducation physique et sportive, le sport scolaire n’est pas un enseignement obligatoire.

Historiquement

L’École alsacienne (établissement privé à Paris) qui se dote d’un gymnase en 1881 créé en son sein « La société sans nom » en 1880 ; c’est le premier club sportif scolaire français. En 1885, on joue déjà au rugby à l’École alsacienne et au lycée Lakanal (établissement public).

Avant cette date, l’athlétisme est pratiqué dans des établissements dont les anciens élèves forment des clubs comme le Racing Club (en 1882) par des anciens du lycée Condorcet, du lycée Janson-de-Sailly et de l’École Monge, ou le Stade français (1883) par d’anciens du lycée Buffon et du lycée Saint-Louis.

Les premiers lendits, compétitions sportives scolaires, ont lieu à Paris en juin 1889. Douze disciplines sont au programme de ce premier rendez-vous officiel du sport scolaire de compétition en France : cyclisme, jeu de paume, lancer du disque, marche, course à pied, aviron, natation, équitation, saut en longueur, escrime, tir et boxe française.

Le mouvement touche la province dès le début des années 1890. Ainsi, à Toulouse ce sont des lycéens qui disputent la première partie de rugby jouée dans la ville rose en 1893.

Ces clubs sportifs scolaires mettent sur pied des compétitions locales avant la fondation en 1938 de l’Office du sport scolaire et universitaire (OSSU). Depuis 1945, les établissements du second degré sont obligés d’avoir une association sportive. L’OSSU devient Association du sport scolaire et universitaire (ASSU) en 1962 puis se scinde en deux branches en 1975 : l’Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS) et la Fédération nationale du sport universitaire qui deviendra en 2000 la Fédération française du sport universitaire (FFSU).

Aujourd’hui le sport scolaire est organisé en fédérations :

  • l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (USEP) pour le primaire. Créée le 1er février 1939, par décret signé par Jean Zay, en tant que branche de l’UFOLEP et de la Ligue de l’enseignement. Prenant racine dans l’éducation populaire l’USEP a pour vocation de réunir les enfants du premier degré autour de pratiques sportives. Elle prépare les élèves à devenir des adultes sportifs et des citoyens responsables.
  • l’Union nationale du sport scolaire (UNSS) pour le secondaire. L’UNSS a été créée sous l’appellation d’Office sportive universitaire (OSU) en 1932, avant de devenir l’Office du sport scolaire universitaire (OSSU) en 1938, puis deviendra l’Association du sport scolaire universitaire (ASSU) en 1961 avant d’obtenir sa dénomination actuelle en 1975.Multisports, elle est ouverte à tous les jeunes collégiens et lycéens scolarisés à travers les associations sportives (AS), et se déroule le mercredi après-midi. Elle a pour objectif de développer la pratique d’activités sportives, composantes de l’éducation physique et sportive (EPS) et l’apprentissage de la vie associative .
  • la Fédération française du sport universitaire (FFSU) pour le supérieur. Elle a pour objet de promouvoir et d’organiser des compétitions sportives scolaires en France pour les étudiants des universités et élèves des établissements d’enseignement supérieur.
  • l’Union générale sportive de l’enseignement libre (UGSEL) pour l’enseignement privé. Ancienne Fédération sportive éducative de l’Enseignement Catholique fondée en 1911 au sein de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (Future Fédération sportive et culturelle de France) dont elle se détachera en 1935. Elle est la plus ancienne fédération sportive scolaire de France.

 

5 janvier 2019